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*4eme Partie*

*4eme Partie*






J'ai porté un seul gant, à la main droite, pendant des années. Bien avant " Thriller ". Deux gants, c'est banal, mais un seul, c'est marrant, c'est différent, c'est la classe ! Pourtant, je ne me suis jamais préoccupé de mon " look " au point de le faire passer avant le reste. Un artiste ne PENSE PAS à ces choses. C'est UNE MANIÈRE D'ÊTRE bien dans sa peau, et ça se fait spontanément sans réfléchir. Ça faisait donc bien longtemps que je portais un seul gant, quand tout le monde l'a découvert dans " Thriller " en 1983. Je le portais déjà dans mes tournées, dans les années 70, et sur la pochette de l'album live " Off The Wall ", qui a été fait au cours de mes tournées.













C'est tellement " show-business " ce gant ! J'adore le porter. Un jour par pure coïncidence, j'ai porté un gant noir pendant la cérémonie des American Music Awards, qui tombait par hasard le jour de l'anniversaire de Martin Luther King. Bizarre comment les choses se produisent parfois.

J'admets que j'aime bien lancer des modes, mais je n'ai jamais pensé que le fait de porter des socquettes blanches en serait une. Jusque-là, ça faisait vraiment boy-scout, de porter des socquettes blanches. C'était chouette dans les années 50, mais dans les années 60 et 70, personne n'aurait voulu en porter pour tout l'or du monde. C'était carrément ringard aux yeux de n'importe qui.

Mais moi, j'en ai toujours porté. Toujours. Mes frères disaient que c'était " nul ", mais je m'en foutait complètement. Mon frère Jermaine piquait carrément sa crise et il se plaignait à maman : " Maman, Michael a encore mis ses socquettes blanches. Fais quelque chose. Parle-lui. "






Ils avaient honte, ils me disaient que j'avais l'air complètement tarte, mais je les portais quand même, et maintenant c'est complètement " branché ". Je crois que Jermaine était tellement exaspéré par ces socquettes que je me demande si ce n'est pas à cause de ça qu'elles sont devenues à la mode.

Quand " Thriller " est sorti, tout le monde s'est mis à porter des pantalons trop courts qui laissent voir les chevilles.

Mon attitude est que si ça ne se fait pas, si un truc n'est pas à la mode, c'est justement ça que je vais choisir.

Quand je suis à la maison, je m'habille n'importe comment. Je porte ce qui me tombe sous la main. Ça m'arrive de passer des journées entières en pyjama. J'aime les chemises en flanelle, les vieux pantalons et les vieux pulls, bref, les vêtements simples.












Par contre, quand je sors, je m'habille avec les trucs les plus élégants, les plus clinquants, les plus extravagants, alors que chez moi, et en studio, c'est n'importe quoi. Je ne porte pas beaucoup de bijoux. Généralement aucun, parce que ça me gêne. Parfois on m'en offre et je suis très touché par l'attention, mais je les range dans un coin. On m'en a déjà volé quelques uns. Jackie Gleason m'avait donné une très belle bague. Il l'avait retirée de son doigt et me l'avait donnée. On me l'a volée et ça me fait de la peine. Mais ce qui compte pour moi, c'est le geste, et ce souvenir-là, on ne peut pas me le prendre. La bague n'est qu'un objet matériel.












Ce qui me rend vraiment heureux, c'est de créer et de jouer sur une scène. Les choses matérielles ne m'enchaînent pas. Je veux mettre toute mon âme dans ce que je fais et que les gens aiment ça. C'est ce qui compte le plus pour moi, et c'est un sentiment merveilleux.

J'apprécie l'art pour cette raison.

Je suis un grand admirateur de Michel-Ange et de la manière dont il a mis son âme dans son œuvre. Il savait qu'il mourrait un jour, mais que son œuvre lui survivrait. On voit bien qu'il a peint la chapelle Sixtine avec son âme. Un jour, il a même décidé de tout détruire et de tout recommencer parce qu'il voulait que ce soit parfait. Il disait : " Quand le vin est aigre, il faut le jeter. "

Je peux regarder une peinture et me perdre dans cette contemplation. Le pathos, l'intensité dramatique d'une œuvre me font " partir ". Cette communication de l'artiste et du public se fait par l'émotion. J'éprouve la même chose avec la photographie. Une belle chose, émouvante, poignante peut dire autant que des centaines de pages.

Comme je l'ai déjà dit, il y a eu beaucoup de changements dans ma vie après mon passage au " Motown 25 ". Quarante-sept millions de spectateurs ont vu cette émission, et une bonne partie d'entre eux ont acheté le disque " Thriller " peu après.

En automne 83, l'album s'est vendu à huit millions d'exemplaires, et il a pulvérisé tous les records prévus après " Off The Wall ". Puis Frank Dileo a dit qu'il aimerait nous voir produire un autre clip.












Le prochain devait être " Thriller ". Le scénario de la chanson était suffisamment ouvert pour donner un maximum de libertés à un bon réalisateur. Aussitôt la décision prise, j'ai su qui je voulais engager. L'année précédente, j'avais vu un film d'horreur qui s'appelait "An American Werewolf in London " et je savais que le réalisateur, John Landis, serait parfait pour " Thriller ", puisque le même type de transformation arrivait au héros de " Thriller ".

Nous avons donc contacté John Landis et il a accepté. Il a proposé un budget, et nous nous sommes mis au travail. Les détails techniques de ce film étaient tellement ahurissants que John Branca, mon avocat, et l'un de mes plus précieux conseillers, me téléphona. Il travaillait avec moi pour " Off The Wall " et il m'avait aidé à déléguer mes pouvoirs auprès de gens compétents depuis la sortie de " Thriller ". John paniquait parce que le budget prévu au départ pour le clip de " Thriller " avait déjà doublé. Comme je finançais ce projet moi-même, la dépense devenait préoccupante.

Mais John est arrivé avec une idée de génie. Il a suggéré qu'on fasse tourner une vidéo, séparé du tournage du clip, et de la faire produire par quelqu'un d'autre. C'était tellement évident qu'on s'est demandé pourquoi personne n'y avait pensé avant. On était sûrs que ce documentaire serait passionnant, et qu'il permettrait d'éponger une partie du dépassement de budget. John mit l'affaire sur pied en très peu de temps. Il fit produire le documentaire par la chaîne de télé MTV et par une autre station câblée, et Vestron diffusa le clip dès la sortie du disque " Thriller ".

Le succès du documentaire sur le tournage de " Thriller " a été un vrai choc pour nous tous. Il y a eu environ un million de vidéo-cassettes vendues. Même maintenant, c'est un record de vente pour les vidéo-cassettes.











Le film " Thriller " fut prêt vers la fin de 1983. On l'a sorti en février 84 et on a commencé à le voir sur MTV. Epic a sorti le 45 tours de "Thriller " et les ventes ont crevé le plafond. Selon les statistiques, la sortie du clip " Thriller " et du 45 tours a déclenché 14 millions d'albums supplémentaires et de cassettes sur une période de six mois. En 1984, nous vendions jusqu'à un million de disques par semaine.

Je suis encore sidéré par ces résultats. Quand nous avons terminé la campagne de promo de " Thriller " un an plus tard, l'album avait été tiré à trente-deux millions d'exemplaires. Aujourd'hui les ventes atteignent quarante millions. Un rêve devenu réalité.

Au cours de cette période, j'ai changé mon équipe de management. Mon contrat avec Weisner et Demann avait expiré en 1983. Mon père ne me représentait plus et je cherchais d'autres gens. Un jour, à l'hôtel Beverly Hills, j'ai rendu visite à Frank Dileo et je lui ai demandé s'il voulait quitter Epic et gérer ma carrière.

Frank me demanda un délai de réflexion. Je devais le rappeler le vendredi. Bien entendu, je l'ai rappelé.

Le succès de " Thriller " m'est vraiment tombé dessus en 1984, quand l'album a reçu un nombre impressionnant de récompenses de la part de l'American Music Awards et des Grammy Awards. Je me souviens que j'étais dans un état de jubilation délirante. Je sautais de joie et je dansais comme un fou dans la maison. Quand l'album a reçu le titre de plus grande vente de l'histoire du disque de tous les temps, je n'arrivais pas à le croire. Quincy Jones criait : " Champagne pour tout le monde ! " Travailler aussi dur, donner autant de soi et réussir enfin ! Tous ceux qui avaient travaillé sur l'album étaient au septième ciel. C'était merveilleux.






Je m'imaginais être comme un coureur de marathon qui fait sauter le ruban sur la ligne d'arrivée. Je me sentais comme ce genre d'athlète, même si je ne suis pas sportif. Je l'imaginais, ce marathonien, quand sa poitrine touche le ruban et que la foule hurle, souffre et jouit avec lui de son triomphe.

Je m'identifie avec ces athlètes parce que je sais combien l'entraînement est difficile, ce qui rend le moment de triomphe encore plus précieux. C'est peut-être toute une vie de sacrifice qui est sublimée dans ce court instant. L'instant où il gagne. C'est vraiment une drogue puissante. Je suis capable de comprendre cette sensation, parce que je l'ai éprouvée.





Une des conséquences du succès de " Thriller " est que je suis devenu la cible du public. A cause de cela, j'ai décidé de mener une vie aussi privée que possible. J'étais encore timide en public. Il faut vous rappeler que j'ai été un enfant-star et que dans ce cas-là les gens refusent de vous voir grandir, changer, évoluer. Quand j'étais célèbre, au début, j'avais un petit visage rond, poupon. Les rondeurs de l'enfance sont parties quelques années après, quand j'ai changé de régime alimentaire. J'ai cessé de manger du bœuf, du poulet, du porc et du poisson, ainsi que des aliments qui font grossir. Je voulais être plus mince, vivre plus sainement, et mieux. Petit à petit, j'ai perdu du poids, mon visage a changé et la presse m'a accusé de m'être fait faire de la chirurgie plastique. Je reconnais que je me suis fait refaire le nez, comme beaucoup de stars le font. Mais les journalistes ont comparé mes photos d'enfant et d'adolescent avec les photos récentes. Sur les anciennes photos, j'avais un visage rond et potelé, avec une coiffure afro et un mauvais éclairage. La photo récente montrait un visage plus mûr. J'ai une coiffure complètement différente, un nez autre, et mes récentes photos sont superbement éclairées. Ce n'est pas vraiment juste de faire des comparaisons sur des documents aussi différents. Ils ont même prétendu que je m'étais fait faire de la chirurgie des os du visage...je trouve ça aberrant et je ne comprends même pas que l'on puisse inventer de telles histoires. C'est trop injuste.

Judy Garland et Jean Harlow se sont fait refaire le nez et bien d'autres depuis. Mon problème, c'est qu'on m'a connu enfant-star et les gens se sont habitués à ce visage-là.

Alors, une fois pour toutes, je le dis, je le maintiens, je ne me suis jamais fait transformer les joues, ni les yeux. Je n'ai pas fait rétrécir ma bouche, ni blanchir ma peau. Tout ceci est complètement ridicule. Si c'était vrai, je n'aurais aucune honte à la dire, mais c'est faux. Je me suis fait refaire le nez deux fois, et récemment je me suis fait faire une fossette sur le menton, mais c'est tout. Peu importe ce que les autres diront..., c'est mon visage et c'est comme ça.

Je suis végétarien et, de ce fait, je suis beaucoup plus mince qu'avant. Je suis un régime très strict depuis des années... Je me sens mieux que jamais, en meilleur santé, j'ai plus d'énergie. Je ne comprends pas pourquoi la presse se soucie tellement de mon aspect physique. En quoi mon visage a-t-il quoi que ce soit à voir avec ma danse ou ma musique ?

L'autre jour, un homme m'a demandé si j'étais heureux. Et j'ai répondu : " Je ne pense pas être complètement heureux. Je suis une des personnes les plus difficiles à satisfaire, mais en même temps je suis conscient de tout ce que j'ai reçu et j'apprécie au plus haut point l'amour de ma famille et de mes amis. "










Mais je suis toujours aussi embarrassé en public. La nuit où j'ai gagné huit American Music Awards, je les ai reçus, le visage caché par des lunettes noires, devant toutes les caméras de télé. Katharine Hepburn me téléphona pour me féliciter, mais elle me passa un vrai savon à cause de mes lunettes noires. " Tes fans veulent voir tes yeux, me dit-elle. Tu te défiles devant eux. " Le mois suivant, en février 1984, au " Grammy Show ", " Thriller " reçut sept récompenses et apparemment devait en recevoir une huitième. Toute la soirée, j'étais monté sur le podium et j'avais reçu mes récompenses avec mes lunettes de soleil. Finalement, lorsque " Thriller " gagna le prix du meilleur album, j'y suis allé, j'ai retiré mes lunettes, et j'ai regardé la caméra bien en face en disant : " Katherine Hepburn, je le fais pour vous. " Je savais qu'elle regardait la télé, et elle m'a vu. Il faut bien s'amuser de temps en temps.

# Posté le vendredi 01 février 2008 14:56

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