« Retour au blog de stef209

*2eme Partie*

*2eme Partie*



Il y avait des gens de la télévision CBS pendant nos spectacles de Las Vegas et ils sont venus nous trouver pour nous proposer de faire des spectacles pour l'été suivant. C'était très agréable pour nous d'être considérés comme des gens de spectacle plus que comme un simple groupe de Motown. C'était tout à notre avantage pour la suite des événements. Comme nous avions pris le contrôle de notre spectacle à Las Vegas, c'était devenu de plus en plus difficile de retomber dans le manque de liberté que nous avions à Los Angeles. Bien sûr, notre gagne-pain était là, et nous ne pouvions pas trop tirer sur la ficelle. Parfois j'avais l'impression d'être encore à l'époque où j'étais un petit garçon qui vivait chez Berry Gordy, et depuis que Jermaine était son gendre, notre frustration augmentait d'autant plus.












Il y avait déjà des signes de changement dans les institutions de Motown. Marvin Gaye réalisa sa propre musique et produisit son album " What's Goin'on ", qui est un chef-d'œuvre. Stevie Wonder découvrait les claviers électroniques et il devenait tellement génial en prise de son que les ingénieurs les plus expérimentés venaient lui demander conseil. Un de nos derniers souvenirs de la période Motown fut quand nous avons chanté les choeurs d'un titre très engagé de Stevie " You Haven't Done Nothin' ". Bien que Stevie et Marvin appartiennent encore à Motown, ils avaient combattu et obtenu le droit de faire leurs propres disques, et même d'éditer leurs chansons. Motown ne leva même pas le petit doigt dans ce sens pour nous. Pour eux, nous étions encore des mômes, même s'ils ne nous habillaient plus et ne nous " protégeaient " plus comme avant.

Nos problèmes avec Motown ont commencé en 1974 lorsqu'on leur a dit qu'on voulait écrire et réaliser nos propres chansons. Au fond, nous n'aimions pas la façon dont notre musique sonnait à cette époque-là. Nous étions extrêmement compétitif et nous sentions le danger, car d'autres groupes qui créaient des sons plus neufs, risquaient de nous dépasser.






Les gens de Motown nous ont déclaré : " Pas question que vous écriviez vos chansons ; vous avez des professionnels pour ça. " Non seulement ils refusèrent, mais c'était devenu un sujet tabou. J'étais découragé et je n'aimais plus du tout le matériel que l'on nous proposait. Finalement, j'en ai eu tellement marre que j'ai décidé de les laisser tomber.

Quand je sens que quelque chose ne va pas, je le dis. Je sais que la plupart des gens ignorent à quel point je peux être obstiné et dur. C'est parce qu'ils ne me connaissent pas. Nous étions tous malheureux, mes frères et moi, mais personne ne disait rien. Ni mes frères, ni mon père. Alors, j'ai demandé un rendez-vous avec Berry Gordy pour lui parler. C'est moi qui lui ai dit que nous tous, les Jackson 5, allions quitter Motown. Je suis allé le trouver et face à face, je lui ai dit la vérité et ça été une des choses les plus pénibles que j'ai jamais faites. Si j'avais été seul à souffrir de la situation, je me serais tû, mais nous étions TOUS malheureux et insatisfaits et je lui ai dit. Je lui ai dit que j'étais malheureux...

Il faut vous rappeler que j'aime Berry Gordy. Je pense que c'est un génie, un des géants dans ce domaine. Je n'ai que du respect pour cet homme brillant, mais ce jour-là, j'étais comme un lion. Je me suis plaint de ce que nous ne pouvions, ni écrire, ni réaliser nos chansons comme nous le souhaitions. Il m'a répondu qu'il était persuadé que nous avions encore besoin de professionnels pour nous aider à faire des hits.

Mais c'est moi qui avais raison. Berry était en colère. Ce fut une rencontre très pénible, mais nous sommes redevenus amis aujourd'hui, et il est encore comme un père pour moi, fier de moi et de mes succès. En tout cas, j'aimerai toujours Berry parce qu'il m'a appris les choses les plus précieuses que j'aie eu l'occasion d'apprendre dans mon métier. C'est lui qui a dit que les Jackson 5 marqueraient l'histoire et c'est exactement ce qui s'est passé. Motown a fait connaître tellement de gens de talent que je serai éternellement reconnaissant à Berry d'avoir présenté notre groupe au public. Ma vie n'aurait pas été la même sans lui. C'est Motown qui nous a aidés à percer, et c'est chez eux que nous avons nos racines. Nous aurions aimé y rester, mais le changement est une chose inévitable. Je suis une personne du présent, et je me demande constamment : " Qu'est-ce qui se passe en ce moment ? Qu'est-ce qui peut se passer demain, qui va changer ce qui s'est passé hier ? ".






C'est très important pour un artiste de maintenir le contrôle de sa vie et de son travail. Il y a eu, et il y a sûrement encore, des artistes qui se font exploiter parce qu'ils ont les mains liées. J'ai appris à me battre pour que les autres ne m'empêchent pas de faire ou de croire ce que je pense être juste, sans me soucier des conséquences. On aurait pu rester à Motown, mais si on l'avait fait, on aurait disparu dans le musée des " rossignols " et des " has been ".

Ma décision de changement était prise, et nous avons suivi nos instincts. C'était déjà gagné quand on a pris un nouveau départ avec un label, Epic.

Nous étions soulagés d'avoir enfin coupé les liens qui nous retenaient prisonniers, mais ce fut un drame quand Jermaine décida de rester chez Motown. Il était le gendre de Berry, et sa situation était beaucoup plus compliquée que la nôtre. Il pensait que c'était plus important pour lui de rester et Jermaine a toujours fait ce que sa conscience lui dictait, et il a quitté le groupe.






Je me rappelle clairement le premier spectacle que nous avons fait sans lui parce que c'était très pénible pour moi. Depuis que j 'étais sur une scène, et même quand on répétait chez nous à Gary dans la salle de séjour, Jermaine se tenait à ma gauche avec sa basse. Pour moi, tout reposait sur la présence de Jermaine à côté de moi. Et quand j'ai fait ce spectacle pour la première fois, sans lui, c'est comme si j'avais été tout nu sur la scène. Il a donc fallu mettre le paquet encore davantage pour compenser la perte d'une de nos plus brillantes étoiles, Jermaine. Je me souviens très bien de ce show parce qu'on a reçu trois " ovations-debout ". On a travaillé DUR.

Quand Jermaine a quitté le groupe, Marlon a pris sa place et il a vraiment éclaté sur scène. Mon frère Randy a pris officiellement ma place, comme joueur de bangos et benjamin du groupe. Vers cette époque, on s'est fourrés dans un pétrin inextricable en acceptant de faire une série d'émissions télévisées pour l'été. Ce fut une erreur stupide et je regrette chaque minute que j'y ai passée.






J'avais adoré le dessin animé télévisé qui avait été fait des Jackson 5, et je m 'étais dit " Je suis un personnage de dessin animé ". Mais cette série télévisée, je le sentais, allait faire plus de tort que de bien à notre carrière. C'est la pire chose qui puisse arriver à un artiste de variétés. Je n'arrêtais pas de dire. " Ça va faire dégringoler nos ventes de disques " et les autres disaient : " Mais non, au contraire, c'est de la promo... "

Ils se sont plantés complètement. Nous étions habillés avec des costumes ridicules et nous devions jouer des stupidités, avec des rires en boîte. Tout était bidon. Nous n'avions pas le temps de répéter, d'apprendre nos textes et la télé était une nouveauté pour nous. Il fallait créer trois numéros de danse en une seule journée.





L'audimat contrôlait notre cote de popularité d'une semaine à l'autre. Je ne referai jamais une chose pareille. Ça ne mène nulle part. Il s'agit principalement d'un phénomène psychologique. Vous débarquez chaque semaine dans la vie des gens et ils commencent à croire qu'ils vous connaissent trop bien. A force de faire les guignols avec des rires préenregistrés pour faire croire qu'il s'agit d'une comédie, votre musique en prend un coup, la crédibilité aussi.. Et quand il faut reprendre sa carrière après une telle surexposition, c'est vraiment difficile d'être pris au sérieux. Le public croit que vous êtes un rigolo, comme dans tous ces sketches minables où une semaine on vous déguise en Père Noël, la semaine suivante, vous êtes le Prince Charmant, et la semaine d'après, on vous déguise en gros lapin blanc.






C'est comme ça qu'on perd son identité dans ce métier : l'image du rocker a disparu. Je ne suis pas un comique. Je ne suis pas un présentateur de spectacles. Je suis un musicien. C'est pour ça que j'ai toujours refusé de participer aux remises d'Oscar et autres récompenses en tant qu'animateur. Cela vaut-il vraiment la peine pour moi d'aller là et de balancer deux ou trois vannes, pour obliger les gens à rire sous prétexte que je suis Michael Jackson, quand je sais pertinemment que je ne suis pas drôle ?

Après notre show télévisé, je me souviens d'avoir joué dans des salles à moitié vides. Cette expérience m'a servi de leçon et j'ai formellement refusé de résigner un contrat avec cette chaîne de télévision par la suite. J'ai expliqué à mon père et à mes frères que nous avions fait une grosse erreur, et ils ont compris mon point de vue. En réalité j'avais eu de mauvais pressentiments avant de faire ce spectacle, mais j'avais fini par tenter le coup parce que tout le monde était persuadé que ça serait une bonne expérience pour nous.

Le problème avec la télé, c'est qu'il faut tout faire en un minimum de temps. On n'a pas le temps de fignoler. Ce sont les horaires qui commandent. Tant pis si on n'est pas content du résultat, il faut passer à autre chose et oublier ce qui est raté. Moi je suis d'un tempérament perfectionniste. J'aime faire les choses le mieux possible. Je veux que les gens ente]ndent et regardent ce que j'ai fait, sachant que j'y ai mis le meilleur de moi-même. Je pense que je dois cette politesse à mon public. Pendant le tournage, je me souviens que l'éclairage était minable, les décors bâclés, et notre chorégraphie était improvisée à la dernière minute. Et pourtant cette émission eut un gros succès. Il y avait un autre programme très populaire sur une chaîne rivale qui passait à la même heure que nous, et nous avons remporté le meilleur taux d'écoute. CBS voulait vraiment nous garder, mais j'avais la certitude que ce show était une erreur. En effet, nos ventes de disques ont diminué à la suite de cela et il a fallu du temps pour réparer les dégâts. Quand on sait qu'on est en train de se tromper, c'est difficile de prendre la décision d'arrêter et de faire confiance au " bon instinct ".

J'ai très peu fait de télé après ça. Je me souviens seulement d'une émission spéciale sur " Motown 25 ". Berry m'avait demandé à plusieurs reprises d'y participer et je m'entêtais à refuser, mais il a fini par me convaincre et j'ai accepté. Je lui dit que je voulais chanter " Billie Jean ", même si c'était le seul titre du show qui n'avait pas été enregistré chez Motown. Il accepta volontiers.

" Billie Jean " était numéro UN à l'époque. Mes frères et moi, nous avons répété comme des fous pour ce show. J'ai trouvé la chorégraphie des différents pas de danse, et je me suis complètement plongé dans la préparation de ce numéro. Mais je savais exactement ce que je voulais faire avec " Billie Jean ". Tout en faisant autre chose, je sentais que la chorégraphie se construisait dans ma tête, inconsciemment. J'ai demandé qu'on aille m'acheter ou me louer un chapeau noir à la James Bond et le jour même du spectacle, j'ai commencé la mise en place. Je n'oublierai jamais ce soir-là, parce que, quand j'ai ouvert les yeux à la fin, les gens étaient debout en train de m'applaudir. J'étais bouleversé par leur réaction. Je me sentais tellement bien.

# Posté le vendredi 01 février 2008 13:58

« Article précédent : Chap 3 ~Bete de scene~1ere Partie

Article suivant : *3eme Partie* »