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Chap 3 ~Bete de scene~1ere Partie

Chap 3 ~Bete de scene~1ere Partie


La presse écrit les choses les plus bizarres sur mon compte, continuellement. Je ne supporte pas que l'on déforme la réalité et je ne lis jamais ce que l'on écrit sur moi, même si on m'en parle souvent.





Je ne comprends pas pourquoi les journalistes éprouvent le besoin d'inventer des choses sur moi. Je suppose que s'ils ne trouvent rien de scandaleux à raconter, il leur faut susciter l'intérêt d'une manière ou d'une autre, tout bien considéré. Je suis fier pourtant d'avoir pu en sortir pas trop mal. Bon nombre d'enfants dans le show-business ont fini dans la drogue : Frankie Lymon, Bobbie Dirscoll, etc. Je peux comprendre cette attitude car c'est très dur de supporter un tel stress quand on est très jeune. C'est une vie difficile. Très peu de gens réussissent à avoir une enfance normale.

Moi, je n'ai jamais essayé la drogue, sous aucune forme, marijuana, cocaïne, rien. Je le dis tout net, je n'ai jamais ESSAYÉ !

Ça ne m'intéresse pas du tout.

Ce n'est pas que je n'aie pas été tenté. Quand on est musicien, la drogue est à notre portée, il n'y a qu'à tendre la main. Je ne veux pas avoir l'air de porter des jugements sur les autres, ce n'est pas un problème de moralité pour moi, mais j'ai vu tellement de gens détruits par la drogue que je refuse d'y toucher. Bien sûr, je ne suis pas un ange, et j'ai mes défauts et mes points faibles, mais la drogue n'en fait pas partie.










Quand " Ben " est sorti, nous savions mes frères et moi que nous allions voyager dans le monde entier. La musique soul américaine était devenue aussi populaire dans les autres pays que les jeans et les hamburgers. Nous étions invités à visiter d'autres continents, et en 1972, nous avons commencé nos grandes tournées internationales par l'Angleterre. Bien que nous n'y soyons jamais allés, les gens connaissaient tous les textes de nos chansons. Pourtant nous n'y avions jamais fait de télé. Ils avaient de grandes écharpes avec nos photos et nos noms " Jackson 5 " imprimés en lettres géantes. Les salles de concerts étaient plus petites qu'aux États-Unis, mais l'enthousiasme du public explosait à la fin de chaque chanson. C'était vraiment très agréable. Ils ne criaient pas pendant que nous chantions comme ils font aux USA, et ils pouvaient de rendre compte à quel point Tito était un grand guitariste, car ils l'écoutaient.

Nous avions emmené Randy avec nous parce que nous voulions lui donner un peu d'expérience. Il ne faisait pas officiellement partie du contrat, mais il restait à l'arrière du groupe, et il jouait des bongos sur scène. Il avait le même costume que nous et quand nous le présentions au public, il était acclamé. La tournée suivante, Randy faisait partie du groupe. Moi-même, j'avais joué les bongos avant Randy, et Marlon les avait joués avant moi. C'était une tradition de faire démarrer le plus jeune sur ces petites percussions marrantes.

Nous avions trois années de succès derrière nous quand nous avons fait notre première tournée en Europe, et c'était suffisant pour contenter, à la fois les jeunes qui aimaient notre musique, et la reine d'Angleterre que nous avons rencontrée lors d'un gala spécialement organisé pour la circonstance. C'était vraiment très excitant pour nous. J'avais vu, sur des photos, d'autres groupes, comme les Beatles, rencontrer la reine, mais je n'aurais jamais rêvé avoir la chance de jouer pour elle.

L'Angleterre fut notre point de départ dans cette découverte des autres pays, et plus nous avons voyagé, plus nous avons trouvé d'exotisme et de différences avec notre pays. Nous avons visité les grands musées à Paris et les montagnes splendides de la Suisse nous ont émerveillés. L'Europe nous a enseigné les racines de la culture occidentale, et cela nous a préparé, dans une certaine mesure à la visite des pays de l'Orient qui s'intéressent d'avantage à la spiritualité. J'ai été très impressionné dans ces pays, de voir que les gens attachaient plus d'importance aux animaux et à la nature, qu'aux valeurs matérielles. Par exemple, le Japon et la Chine m'ont apporté beaucoup parce que j'y ai compris que la vie, c'est autre chose que ce que l'on peut voir et toucher. Dans tous ces pays, les gens avaient entendu parler de nous et ils aimaient notre musique.

L'Australie et la Nouvelle-Zélande, nos arrêts suivants, étaient anglophones, mais nous avons rencontré des tribus, dans les terres, qui vivaient encore de façon primitive. Ils nous ont accueillis comme des frères, bien que nous ne parlions pas leur langue. S'il me fallait des preuves que les hommes sont frères, je l'ai eues au cours de cette tournée.

Puis ce fut l'Afrique. Nous avions lu des choses sur l'Afrique parce que notre professeur, Mlle Fine, nous préparait des leçons sur chaque pays que nous devions visiter, portant sur la géographie, l'histoire, et les coutumes de ces pays. Nous n'avons pas pu voir les plus belles régions de l'Afrique, mais l'océan, la plage, et les gens étaient d'une beauté incroyable, là où nous nous trouvions. Un jour nous avons visité une réserve d'animaux avec des fauves en liberté. Nous étions émerveillés. La musique était extraordinaire, et les rythmes, à couper le souffle. Quand nous sommes descendus d'avion le premier jour, nous avons été accueillis par une longue file d'Africains en costumes chatoyants, avec leurs tambours et leurs percussions. Ils dansaient tout autour de nous et c'est un spectacle que je n'oublierai jamais. Quelle merveilleuse façon de nous accueillir en Afrique !

Et les artisans sur les places de marchés étaient incroyables ; ils fabriquaient des objets sous nos yeux et les vendaient en même temps. Je me souviens d'un homme qui sculptait dans le bois. Il demandait ce qu'on voulait et quand on lui demandait : " un visage d'homme ", il détachait un morceau de bois, sur un tronc d'arbre et en quelques coups de machette et de burin, il vous faisait ce que vous lui aviez demandé. Je me suis assis pour l'observer et je l'ai vu faire ça des dizaines de fois. Il était capable de reproduire tout ce qu'on lui demandait.

C'est en visitant le Sénégal que nous avons compris que notre héritage africain nous avait permis de faire de nous ce que nous étions. Nous avons visité un ancien camp d'esclaves abandonné à Gore Island et nous avons été très ébranlés par cette visite. Le peuple africain nous a donné l'exemple du courage et de l'endurance et nous ne saurons jamais assez leur revaloir cette grâce.












Je suis sûr que si Motown avait pu agir sur notre âge à leur gré, ils auraient aimé que Jackie ne vieillisse pas et que chacun de nous le rattrape, à part moi, car je pense qu'ils auraient bien aimé me voir rester un enfant-star. Ça peut paraître insensé, mais quand je pense à la façon dont ils nous manipulaient, en nous empêchant de devenir un groupe autonome, avec notre propre ligne de conduite, et nos idées, je ne suis pas loin de la marque. Nous grandissions en taille, en âge et en créativité. Nous avions beaucoup d'idées que nous désirions expérimenter, mais ils nous freinaient car ils prétendaient qu'on ne peut pas bousculer une formule de succès qui a fait ses preuves, sans risquer de tout compromettre. Du moins, ils ne nous ont pas laissé tomber comme on nous l'avait prédit quand ma voix a changé.











C'était arrivé à un point où il y avait plus de types avec nous dans la cabine que dans le studio. Ils butaient les uns sur les autres pour nous donner des conseils et diriger notre musique.

Nos fans inconditionnels ont aimé nos disques comme " I Am Love" et " Skywriter ". Ces chansons étaient des titres ambitieux de pop music, avec des arrangements de cordes, très élaborés, mais ce n'était pas pour nous. C'est certain, nous ne pouvions pas faire des " ABC " toute notre vie, c'est la dernière chose que nous souhaitions, mais nos plus anciens fans trouvaient qu'" ABC " nous ressemblait davantage, que c'était plus fort et il nous a bien fallu reconnaître que c'était vrai. Vers le milieu des années 70, on était sur le point de devenir démodés, et je n'avais même pas encore dix-huit ans !

Quand Jermaine a épousé Hazel Gordy, la fille de notre patron, les gens nous ont taquinés, comme si ça allait nous rendre les choses encore plus faciles. Bien sûr, quand le disque " Get It Together " est sorti en 1973, il a reçu le même accueil que " I Want You Back ". C'était notre plus grand succès depuis deux ans, même si ce n'était pas une révélation comme l'avait été notre premier hit. Et pourtant, " Get It Together " avait des harmonies discrètes, une guitare wah-wah plus aiguë, et des cordes qui crépitaient. Les stations de radio l'ont aimé, mais pas autant que les clubs où on passait du disco. Motown a fait pas mal de chemin depuis l'époque où les musiciens de studio arrondissaient leur fin de mois en jouant dans les clubs et les bowlings du coin. La musique de " Dancing Machine " s'était transformée à l'aide de nouvelles machines. Dans ce titre la section de cuivres est la meilleure qu'on ait jamais eue, et il y avait des effets aquatiques, dans le pont, programmés par un synthétiseur qui empêchait la chanson d'avoir l'air démodé. La musique disco était très critiquée, mais pour nous, ce fut le rite de passage au monde adulte.






J'ai adoré " Dancing Machine ", le groove et l'émotion de cette chanson. Quand elle est sortie en 1974, j'étais décidé à trouver les mouvements de danse qui la mettraient en valeur, la rendraient plus excitante à interpréter, et à regarder.

Aussi, quand on a chanté " Dancing Machine " à l'émission " Soul Train ", j'ai dansé un mouvement de chorégraphie de rue qui s'appelait le " Robot ". C'est là que j'ai compris l'impact de la télévision. Du jour au lendemain, " Dancing Machine " est devenu premier au palmarès, et quelques jours plus tard, tous les mômes des USA dansaient le " Robot ". Je n'avais jamais vu une chose pareille.













Motown et les Jackson 5 se sont mis d'accord sur la venue de deux nouveaux éléments : Randy, qui avait fait la tournée avec nous, et Janet qui avait beaucoup de talent pour la danse et le chant. Mais ce n'est pas parce qu'ils étaient du même sang que nous, qu'ils ont trouvé leur place automatiquement dans notre groupe, comme si on la leur avait mis au chaud. Ils ont travaillé très dur, en plus du talent considérable qu'ils ont tous les deux. Ils ne sont pas là parce qu'ils ont partagé les mêmes repas, les mêmes jouets et les mêmes vêtements que nous !...

Si on se fiait à l'hérédité, on pourrait dire que, en principe, j'aurais dû avoir autant de talent pour être conducteur de grue, que pour être chanteur. On ne peut pas évaluer les choses ainsi. Papa nous a fait travailler très dur et il a échafaudé ses rêves, chaque nuit, en ne perdant pas de vue le but.

Tout comme le disco semblait une musique réservée aux adultes, et non pas faite pour être chantée par un groupe de gamins, Las Vegas ne semblait pas l'endroit idéal pour nous y faire chanter. C'est du moins ce que pensaient les gens de Motown qui étaient très réticents à l'idée de nous voir dans les salles publiques, où, à part le jeu, il n'y avait pas grand-chose à faire. Mais nous étions persuadés que les théâtres de cette ville n'étaient rien d'autre que de grands clubs du même genre que ceux où nous avions joué à Gary et à Chicago, sauf que la clientèle était surtout composée de touristes. Les touristes étaient une très bonne clientèle pour nous, parce qu'ils connaissaient tous nos tubes, qu'ils écoutaient avec attention nos plaisanteries, et nos nouvelles chansons, sans s'ennuyer. Ils étaient aux anges quand Janet entrait en scène en costume de Mae West pour un ou deux titres.






On avait déjà fait des numéros de ce genre dans une émission de télé, en 1971, qui s'appelait " Retour en Indiana " et qui célébrait notre retour à Gary pour la première fois depuis nos débuts. A cette époque-là nous étions connus dans le monde entier déjà et nous avions décidé d'y retourner pour une visite " médiatisée ".

Quand on pouvait jouer et chanter à neuf sur une scène au lieu de cinq, sans compter les invités-surprise, c'était vraiment bien. Papa triomphait d'orgueil en nous voyant tous alignés sur le même plateau. Ces spectacles de Las Vegas ont été une expérience inoubliable. Nous n'avions pas la pression des foules de concerts, qui ne veulent entendre que les hits et rien d'autre. Nous ne nous préoccupions pas de ce que faisaient les uns et les autres. Il y avait même une ou deux ballades dans le tour de chant qui me permettaient de placer ma nouvelle voix. A quinze ans, je devais déjà penser à tout ça.

# Posté le vendredi 01 février 2008 13:57

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