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*2eme Partie*

*2eme Partie*


Après le succès de " I'LL be there ", l'automne de la même année, nous avons réalisé que les espérances de Berry avaient été dépassées et que nous pourrions lui redonner tout ce qu'il avait fait pour nous.






Toute notre famille était très fière de cette réussite. Nous avions créé un nouveau son pour au moins dix ans. C'était la première fois, dans l'histoire du disque, qu'un groupe de gamins accumulait autant de succès. Les Jackson 5 n'avaient jamais eu grand-chose à redouter des autres groupes de gamins de notre âge. Quand on faisait les concours d'amateurs, on voyait souvent un groupe qui s'appelait The Five Stair-Steps, mais ils n'avaient pas l'air d'avoir d'unité familiale aussi forte que la nôtre et, malheureusement, ils se sont séparés. Pourtant, ils étaient bons. Après notre hit " ABC ", on a commencé à voir d'autres groupes, lancés par les maisons de disques pour essayer de nous imiter et suivre notre locomotive. Je les aimais beaucoup. Il y avait : The Patridge Family, The Osmonds, The De Franco Family. The Osmonds étaient très différents de nous par leur style musical ; ils étaient beaucoup plus " crooners ". Dès qu'on faisait un hit, tous les autres groupes embrayaient dans notre sillage ! Ça ne nous dérangeait pas, car la compétition est toujours stimulante. Je me souviens que pour chanter sur scène je devais grimper sur une caisse en forme de pomme qui portait mon nom, pour pouvoir atteindre le micro. C'est là que j'ai passé le plus clair de mon temps, à chanter de tout mon c½ur debout sur ma pomme, pendant que les gosses de mon âge jouaient dehors.



Comme je l'ai déjà dit, c'était l'équipe " The Corporation " qui façonnait et réalisait toute notre musique. J'ai rongé mon frein plus d'une fois parce que je sentais que la chanson aurait dû être chantée autrement et non pas comme on m'obligeait à la faire. Mais j'ai obéi pendant longtemps et je n'en parlais jamais. Finalement, j'ai fini par en avoir ras-le-bol de faire ce qu'on me disait sans broncher. C'était en 1972 et j'avais quatorze ans. Il s'agissait de la chanson " Locking Through The Windows ". Ils voulaient me faire chanter d'une certaine manière et moi je savais qu'ils avaient tort. Peu importe l'âge, quand " on L'A " et qu'on le sait, alors les gens devraient nous écouter. J'étais furieux et vraiment énervé. Aussi j'ai téléphoné à Berry Gordy et je me suis plaint. Je lui ai dit qu'ils étaient toujours en train de me dire comment je devais chanter, et moi j'obéissais, mais maintenant ils étaient devenus trop... systématiques.

Il est venu aussitôt au studio et il leur a demandé de me laisser faire à ma guise. Après cela, j'ai commencé à ajouter des effets de voix et ils adoraient ça. Je faisais des impros " ad lib " ; je déformais certains mots exprès ou j'en ajoutais.





Quand Berry était en studio avec nous, il avait toujours des idées géniales. Il passait de studio en studio, et ajoutait la touche du maître à tout ce qui se faisait pour que les disques sonnent mieux. Walt Disney faisait la même chose. Il allait voir tous ses artistes et il leur disait : " A mon avis, ce personnage ne ressort pas assez. " Je savais que Berry était content de moi quand il roulait sa langue dans sa bouche en signe de satisfaction. Et quand il était vraiment emballé, il donnait des coups de poing en l'air, comme l'ancien boxeur professionnel qu'il avait été.

Mes trois chansons favorites, de cette époque-là, sont " Never Can Say Goodbye ", " I'll be There ", et " ABC ". Je n'oublierai jamais la première fois où j'ai entendu " ABC ". Je trouvais ça tellement bon ! Je me souviens de ce désir instantané d'aller tout de suite en studio pour chanter cette chanson et en faire un tube.






On répétait encore chaque jour et on travaillait vraiment dur. Cela n'avait pas changé. Il y avait un tas de gens qui s'occupaient de nous, et on en voulait tellement qu'on avait l'impression que rien ne pourrait nous arrêter.

Quand " I Want You Back " est sorti, tout le monde à Motown savait que ça ferait un malheur. Diana l'adorait et elle décida de nous présenter dans une grande discothèque d'Hollywood, où nous devions jouer dans une atmosphère chaleureuse, un peu comme chez Berry. Tout de suite après, nous devions jouer dans une retransmission de l'élection de " Miss Black America ".






Le fait de passer dans cette émission devait nous permettre de donner aux gens une première de notre disque et de notre show. Nous nous souvenions encore, mes frères et moi, de notre déception à l'idée de ne pas aller à New-York pour notre première télé, au moment où Motown nous avait convoqués. Et voilà que nous allions passer à la télé, après avoir été acceptés à Motown. La vie nous souriait. Diana nous offrait, en plus la cerise sur le gâteau. C'est elle qui devait présenter le " Hollyday Palace ", un grand show du samedi soir : ce devait être la dernière fois qu'elle chantait en groupe avec les Suprêmes, et c'était notre première apparition dans un spectacle de cette envergure. C'était un gros coup pour Motown, parce qu'il avait décidé que notre album s'appellerait : " Diana Ross présente les Jackson Five ".





Jamais dans le passé, une star comme Diana n'avait passé le flambeau à un groupe de mômes. Tout le monde était surexcité, Motown, Diana et les cinq gamins de Gary, Indiana. Déjà le titre " I Want You Back " était sorti et Berry avait prouvé qu'il avait eu raison. Toutes les stations de radio qui diffusaient Sly et les Beatles, nous passaient aussi.

Comme je l'ai dit, on n'avait pas mis autant d'énergie et d'efforts dans l'album que dans le 45 tours, mais on s'est bien amusés quand on a enregistré des chansons comme " Who's Lovin'You ", une reprise des Miracles (que l'on chantait dans nos concerts d'amateurs), et " Zip-A-Dee-Doo-Dah ".

Les chansons de cet album touchaient un large public, enfants, adolescents, adultes, et nous pensions que c'était une des raisons de son immense succès. Nous savions que Hollywood Palace avait un vrai public en direct, des gens très chics d'Hollywood, et on avait le trac. Mais on se les est mis dans la poche dès les premières notes. Il y avait un orchestre dans la fosse, et pour la première fois, j'ai entendu la chanson " I Want You Back ", avec l'orchestration complète, en direct devant moi, car je n'étais pas là quand les violons étaient venus faire les séances de chant pour l'album. On était les rois dans ce show, comme la première fois qu'on avait gagné le Grand Prix de la ville de Gary.

Le choix de nos chansons devenait un vrai casse-tête, maintenant que nous ne chantions plus les chansons des autres. Les types de " Corporation " et Hal Davis planchaient pour nous écrire des chansons sur mesure, et pour les réaliser. Berry ne voulait pas en prendre la responsabilité et il leur déléguait tous les pouvoirs dans ce domaine. Dès nos premiers succès, il a fallu nous préoccuper des suivants.

" I Want You Back " aurait pu être chantée par un adulte, mais " ABC " et " The Love You Save " avaient été écrites pour des voix jeunes, avec des parties pour Jermaine et pour moi, ce qui était une référence au son de " Sly ", car les chanteurs se répondaient sur scène. Les gens de " Corporation " avaient écrit ces chansons en pensant à des pas de danse que nos fans imitaient dans les boums après nous avoir vus sur scène. Les paroles étaient acrobatiques sur le plan de la diction et on se partageait les textes, Jermaine et moi.









Aucune de ces disques n'aurait existé s'il n'y avait pas eu " I Want You Back ". Par la suite, nous avons ajouté et retranché des idées à l'arrangement de base de ce qui était une sorte de " chanson mère ", et le public aimait tout ce qu'on lui proposait. Nous avons fait deux disques dans la même veine. " Mama's Pearl " et " Sugar Daddy " qui me rappelait la cour de récréation de mon école primaire : " C'est moi qui te donne des bonbons, mais c'est à lui que tu donnes tout ton amour..." Quand on faisait cette chanson sur scène, Jermaine et moi, nous chantions dans le même micro et nous faisions un chorus de voix fantastique, qui déclenchait l'enthousiasme du public.

Les pros nous ont dit qu'ils n'avaient jamais vu un groupe démarrer comme on l'a fait. Jamais ! " I'll Be There " fut notre tube le plus déterminant ; c'était une chanson qui disait : " On est là, et on va y rester. " Cette chanson a été numéro un pendant cinq semaines, ce qui est tout à fait inhabituel. C'est très rare pour une chanson de tenir aussi longtemps, et elle reste encore une de mes favorites. Les paroles signifiaient : "...Toi et moi faisons un pacte, le salut est possible, si nous le voulons assez fort. " Ça ne ressemblait guère à Willie Hutch et Berry Gordy cette façon d'écrire, car dans la vie, quand ils n'étaient pas en studio, ils étaient tout le temps en train de faire les clowns avec nous. J'ai eu le frisson dès le premier instant où j'ai écouté la maquette Je ne savais même pas ce qu'était le son d'un clavecin avant qu'on nous joue les premières notes. La réalisation géniale de ce titre est due à Hal Davis, assisté de Susy Ideka, mon âme s½ur, qui veillait à ce que je mette la bonne émotion dans chaque chanson, en restant près de moi constamment. C'était une chanson sérieuse, mais nous y avions mis de la gaieté, comme dans un autre titre des Four Tops qui s'appelait : " Reach out, I'll Be There. " Nous nous sentions de plus en plus inscrit dans l'histoire et l'avenir de Motown.

Au départ, c'est moi qui chantais les parties rapides et Jermaine qui faisait les ballades. Mais, bien qu'à dix-sept ans la voix de Jermaine soit plus mûre que la mienne, moi j'adorais les ballades, même si ce n'était pas encore mon style. C'était notre quatrième tube en tant que groupe, mais les gens aimaient autant la face B qui était une chanson de Jermaine : " I Found That Girl ", que la face A : " The Love You Save. "






Avec tous ces titres, nous avons combiné un medley (pot-pourri) bien ficelé, avec des pauses instrumentales pour la danse, et c'est ce " medley " que nous donnions dans les shows télévisés de toutes sortes. Nous avons passés trois fois dans le show " Ed Sullivan ". Motown nous faisait répéter les interviews à l'avance, mais Ed Sullivan est un des présentateurs les plus charmants que j'aie connus et il savait nous mettre à l'aise. En évoquant cette période, je pense que nous étions des robots, programmés par les gens de Motown, et je ne suis pas sûr que j'aurais fait les choses de cette manière moi-même. Mais si j'avais des enfants, je ne leur dirais pas ce qu'il doivent dire. C'était la première fois que les gens de Motown dirigeaient une équipe d'enfants, et après tout, qui peut dire qu'ils avaient tort ou raison ?



Quand les journalistes nous interviewaient, il y avait toujours quelqu'un à coté de nous pour filtrer les questions et guider nos réponses. Nous n'aurions même pas imaginé dire quelque chose qui les froisse. Je pense qu'ils redoutaient que nous fassions passer une lueur de " militantisme black " à une époque où ils étaient très actif. Le fait de nous avoir laissé porter des " afros " leur faisait peut-être craindre d'avoir créé des petits " Frankenstein ". Un jour, un journaliste a posé une question sur le Black Power, et ils ont répondu, à notre place, que nous ne nous considérions pas comme autre chose qu'un " produit commercial ". C'était une réponse bizarre, mais quand nous sommes partis, nous avons fait un clin d'½il et nous avons levé le poing, comme les militants, ce qui a eu l'air de faire plaisir au journaliste.






Nous avons même rencontré Don Cornelius dans son show, le " Soul Train ". Il avait été disc-jockey à Chicago quand nous y étions, et nous nous connaissions bien. Il y avait toujours d'excellents danseurs qui venaient de notre région dans son émission, et ça nous donnait des idées pour nos pas de danse.

# Posté le vendredi 01 février 2008 13:53

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